Le manager Chumy-chumy
« On n’est pas juste une équipe, on est une gang de chums ! »
C’est ton crédo. Tu es fier de dire que tes employés sont tes amis. Tu connais leurs histoires de fin de semaine, voire tu participes aux beuveries, tu es le premier arrivé au 5 à 7, et tu penses sincèrement que cette proximité est ta plus grande force de gestion. En TI, où la rétention est une lutte, tu te dis que c’est ton point fort.
Le constat : L’allergie au malaise
En surface, l’ambiance est imbattable. Mais Backstage, tu es pris au piège de ta propre convivialité. Parce que tu es « chumy-chumy » avec tout le monde, tu as sacrifié l’efficacité au profit d’une popularité éphémère.
Une approche privilégiant le désir d’être aimé par-dessus tout nuit à la clarté des objectifs et à la croissance de l’équipe. C’est d’ailleurs toute l’ambiguité :
Comment recadrer un chum qui ne livre pas la marchandise sans que ça devienne personnel ?
Comment annoncer une décision impopulaire de la direction sans avoir l’impression de trahir ta gang ?
Ton désir de plaire t’empêche de corriger les comportements problématiques (Évitement des conflits).
L’Analyse des Coulisses : Le prix de l’exclusion et du favoritisme
Le piège le plus sombre du mode « chumy-chumy », c’est le favoritisme involontaire. En priorisant les relations personnelles, tu crées inconsciemment un système à deux vitesses :
Le cercle des initiés : Ceux qui font partie de « la gang », qui partagent tes blagues et tes soirées. Ils obtiennent ton oreille, ta flexibilité et, souvent, les meilleurs projets.
Les exclus du spotlight : Ceux qui ne partagent pas tes intérêts, qui sont plus réservés ou qui veulent simplement garder une frontière pro/perso.
Pour ces derniers, ton bureau n’est pas un salon accueillant ; c’est un club privé dont ils n’ont pas la carte. Ils se sentent ignorés, non reconnus et finissent par se désengager. Ton manque de courage managérial sabote la sécurité psychologique réelle, celle qui devrait inclure tout le monde, pas seulement tes amis.
Le conseil backstage : Reprendre les commandes
Reprendre ton rôle ne veut pas dire devenir un dictateur, mais devenir un leader respecté plutôt que simplement apprécié.
Redéfinis les frontières : Sois amical, mais pas un ami. Évite les confidences excessives qui compromettent ton impartialité.
Maîtrise le Feedback : Utilise des méthodes factuelles (comme le SBI : Situation-Comportement-Impact) pour sortir de l’émotionnel.
Instaure la redevabilité : Définis des attentes claires (SMART) et documente les KPIs pour que la performance soit jugée sur les faits, pas sur la chimie interpersonnelle.
Ton équipe n’a pas besoin d’un nouveau meilleur ami ; elle a besoin d’un leader qui trace la route pour tout le monde, sans laisser personne sur le bord du chemin.
Dans le prochain épisode : Le Manager Pompier. Celui qui carbure à l’adrénaline des urgences, mais qui oublie de construire les processus pour éviter l’incendie.


