C’est ton patron qui t’annonce le plan d’action. Et bêtement, tu réponds : Heu... de quoi tu parles ? Il y a un souci sur ce sujet ?
Et là, tu découvres qu’un de tes devs est allé le voir directement. Ton patron a écouté, tranché, réglé, sans penser à mal.
Et toi, tu tombes de dix mètres, tu ne l’avais pas vu venir.
Sur l’organigramme, tout est limpide : le dev relève de toi, et toi, tu relèves du patron. Les problèmes montent par toi, les décisions redescendent par toi. C’est pourtant clair.
En coulisses, la porte du patron est ouverte, et c’est même affiché comme une vertu.
Personne n’a jamais précisé ce qui a le droit de passer par ce chemin.
Le diagnostic
Mais si, tu connais ça. Ton dev vient de pousser un hotfix direct, sans revue, sans pipeline, et ton patron a approuvé le déploiement.
Ça a super bien marché, et regarde ce que chacun vient de gagner.
Ton dev est très fier de lui, il raconte d’ailleurs partout que tu sers à rien. Et sur ce coup-là, il n’a pas entièrement tort : ton patron vient de te discréditer devant toute ton équipe.
Ton patron, lui, se sent utile. Il a réglé un problème en dix minutes, et grâce à lui, tout est rentré dans l’ordre.
Sauf que, dans les faits, lui aussi vient de perdre : s’il a mis une équipe de gestion en place, c’est parce qu’il a autre chose à faire de ses journées. En donnant raison à un dev sans vérifier s’il t’en avait parlé, il vient juste d’ouvrir un bypass officiel.
Ça te rappellerait rien ? Vraiment ? Tu as probablement déjà vu ça à la maison. Tu dis non et ton enfant va voir papa (ou maman), qui dit oui sans te demander. Ton enfant a juste trouvé la façon la plus rapide et simple d’obtenir ce qu’il veut. Et tu sais quoi? il le refera à la prochaine occasion.
Un bypass qui fonctionne, personne ne le refermera jamais, il deviendra la façon de procéder.
Si on revient au bureau, de la même manière, le prochain désaccord arrivera encore sur le bureau de ton boss, puis le suivant et celui d’après aussi.
Dans trois mois, tes devs trieront eux-même leurs problèmes selon qui dira oui. Et toi, tu apprendras les décisions de ton équipe en réunion. Et ton patron, lui, se demandera pourquoi il passe ses journées à arbitrer des tickets.
Personne n’a voulu mal faire, et personne n’a vu que c’était une escalade.
Le miroir
Pour toi, c’est un double aveu, et les deux piquent.
Commence par ta part. Pourquoi ton dev a pensé que venir te voir ne servirait à rien ?
La dernière fois qu’il t’a apporté un problème, tu as fait quoi ? Un “je regarde ça” dont il n’a jamais eu de nouvelles ?
Tes “je te reviens”, ils prennent combien de jours ?
Et ce sujet-là, précisément, tu es certaine qu’il ne t’en avait jamais parlé ? Ou il te l’a glissé entre deux réunions, et tu ne l’as pas entendu ?
Trois timeouts de suite, et n’importe quel dev arrête d’appeler le service. Il change de route.
Nick Glassett le dit sans détour : quand un leader n’écoute pas, la personne se trouve quelqu’un qui écoutera.
Passe à ton patron, maintenant. Pourquoi il n’a pas eu le réflexe de demander : “Tu en as parlé à ta gestionnaire ?”
Ce réflexe-là, tu l’as peut-être désinstallé toi-même.
Combien de fois tu lui as monté une décision qui t’appartenait, juste pour te couvrir ? Si tu lui as appris que c’est lui qui tranche, il tranche.
Tu lui as déjà dit clairement ce qui est dans ta cour ?
Marlene Chism l’a décrit : un dirigeant qui règle le problème à la place du gestionnaire apprend à son équipe à le contourner.
Parfois, c’est la gestionnaire qui lui a appris à régler.
Il reste les deux que tu aimerais sauter.
Toi, tu ne l’as jamais fait, passer par-dessus quelqu’un ? Tu pensais quoi de ton gestionnaire, ce jour-là ?
C’est probablement ce que ton dev pense de toi aujourd’hui.
Et ce qui te fâche, au fond, c’est le bypass, ou c’est de l’avoir appris devant témoin ?
Dès lundi matin
Ne règle surtout pas ça en privé, avec de la rancune. Nomme-le, calmement, devant tout le monde.
Moi, je l’ai fait en rétrospective. Mon boss était dans la salle, j’ai laissé l’équipe vider son sac, et le fameux sujet est arrivé sur la table. J’ai dit :
« Vous savez que parler directement au patron, ça s’appelle une escalade ? Pourquoi vous m’en avez pas parlé directement ? »
Silence. Ils n’y avaient pas pensé. Le patron a hoché la tête : lui non plus ne l’avait pas vu.
La règle à poser ensuite, à lui : « Quand quelqu’un de mon équipe vient te voir, avant de prendre action, peux tu valider avec moi s’il te plait ? Ou valider avec eux qu’ils m’en ont bien parlé ? »
Et à ton dev, sans procès : « La prochaine fois, tu passes par moi d’abord. Si je ne règle pas, on ira voir David ensemble. » Une escalade propre, ça s’annonce.
La porte du patron reste ouverte, mais pas pour tout.
Un problème avec moi, une question d’éthique, de harcèlement, de sécurité : tu y vas direct, sans me prévenir.
Un désaccord sur une décision qui m’appartient : tu passes par moi d’abord.
Ton patron n’assiste pas à tes rétros (et c’est très normal, si, si, j’te jure)? Pas grave, organise une rencontre “Post Mortem sur le sujet”, avec tout le monde dedans.
Une escalade qu’on ne nomme pas devient une habitude.
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PS — Une situation qui ne peut pas attendre une newsletter ? Le Diagnostic Backstage, 60–90 min

