Le syndrome de l'imposteur : La sur-préparation
Un vrai gage de qualité ?
Pourquoi sommes-nous si nombreux en TI à passer quatre fois plus de temps à préparer une rencontre qu’à la vivre ?
Tu as une présentation de trente minutes au calendrier. Mais Backstage, tu y as englouti deux heures la veille, sacrifiant ta soirée ou ton heure de dîner pour anticiper absolument toutes les questions possibles que le comité de direction pourrait te poser.
On se dit que c’est de la rigueur. On se rassure en se disant : « Je vais être prêt à toute éventualité, c’est ça être un bon professionnel. »
Mais si on gratte un peu la peinture corporative, en coulisses, la réalité est beaucoup plus crue : c’est la peur de se planter. C’est la peur d’être pris en défaut.
Le masque de l’Expert poussé à l’extrême
Rappelle-toi notre exploration des profils identifiés par la Dre Valerie Young. Nous avons vu le [piège du Perfectionniste], qui refuse de livrer tant que le détail n’est pas parfait. La sur-préparation, elle, est souvent le symptôme direct du masque de l’Expert.
L’Expert est intimement convaincu que pour être légitime à sa chaise, il doit absolument tout savoir sur le bout des doigts. L’idée même de devoir admettre une lacune en direct lors d’une réunion déclenche une véritable alarme interne. Alors, pour faire taire cette angoisse, tu te blindes. Tu construis une forteresse de données, de graphiques et d’annexes que personne ne lira jamais, juste pour te rassurer.
Le cercle vicieux du “trop”
La réalité, c’est que tu es en permanence débordé. On ne parle pas d’une ou deux rencontres critiques par semaine où l’enjeu justifierait une telle préparation. Non. On parle de plusieurs meetings par jour, souvent double-bookés, et ce, cinq jours par semaine dans un environnement TI où les priorités changent aux heures.
Tu n’as jamais le temps de te préparer à la hauteur de tes attentes, car tes attentes sont irréalistes.
Et parce que tu as cette pression d’avoir l’air “sur la coche” en permanence, le stress prend le dessus. Résultat paradoxal : au lieu d’être brillant grâce à ta préparation titanesque, tu finis par figer lors de la rencontre. Tu lances la première idée qui te vient en tête juste pour combler le vide quand on sort de ton script minutieusement préparé.
C’est exactement la même mécanique destructrice que le piège des 120 % de certitude, appliquée cette fois à ta gestion du temps au quotidien.
Mais au final, ça avance à quoi ?
À force de vouloir tout cadrer dans un horaire impossible et de te sur-préparer, tu finis par générer l’effet inverse de ce que tu souhaitais :
Tu produis des réponses “préformées” qui manquent cruellement de naturel et d’adaptation au contexte de la discussion.
Tu perds ton « moi-profond » et ton agilité de leader au profit d’un script de robot.
Tu te retrouves coincé à devoir faire du rétro-pédalage quelques jours plus tard parce que tu as répondu trop vite — ou inventé une certitude — simplement pour ne pas paraître incompétent sur le moment.
Lâche du lest (La méthode de l’agilité)
Il est temps de déconstruire ce réflexe. En tant que leader TI, tu n’as pas besoin de tout savoir sur le bout des doigts. L’entreprise ne te paie pas pour être une encyclopédie vivante de votre infrastructure réseau ou de vos processus de développement.
Tu as juste besoin de savoir où aller chercher les bonnes réponses, et de savoir qui dans ton équipe les détient.
Gérer les attentes de ton auditoire, c’est avoir le courage de s’ancrer dans la réalité et de prononcer cette phrase magique, sans baisser les yeux : « Je n’ai pas la réponse précise ici, mais je vais aller la chercher avec l’équipe et je te reviens au plus tard demain midi. »
(Et bien sûr, l’étape cruciale : tiens tes engagements et reviens-leur avec l’information).
Les décideurs, les clients et tes collègues préfèrent mille fois un vrai son de cloche différé plutôt qu’une réponse rapide, rassurante sur le coup, mais fondamentalement inadaptée ou fausse.
Ta valeur ne réside pas dans ta mémoire RAM. Elle réside dans ton jugement, dans ta capacité à mobiliser les bonnes ressources, et dans ton talent pour naviguer dans le chaos opérationnel avec calme.
On en discute dans les commentaires, j’ai hâte de voir à quel point ce réflexe est répandu dans notre industrie.
Vendredi, je ferme cette série avec le pivot complet — et les 3 pistes concrètes pour transformer ton imposteur en levier stratégique. Réservé aux abonnés


